L'Antiquité gréco-latine aux sources de l'imaginaire contemporain

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L'Antiquité gréco-latine aux sources de l'imaginaire contemporain

Fantasy, fantastique, science-fiction

Appel à contributions
Date limite : 1er juillet 2011

 

En ce début du xxie siècle où les études grecques et latines semblent vouées à l'extinction à plus ou moins court terme, l'héritage gréco-latin nourrit pourtant l'imaginaire de nombreux créateurs, aussi bien romanciers que dessinateurs de BD ou cinéastes. Ainsi, on observe au cinéma dans les années 2000 un renouveau du peplum historique ou mythologique, tandis que la bande dessinée et le jeu vidéo empruntent souvent leur cadre à l'histoire ou à l'épopée antique. La « littérature de l'imaginaire » se nourrit elle aussi de cet héritage, aussi bien en France que dans le monde anglo-saxon. Cela peut surprendre : le monde imaginaire de la science-fiction est futuriste, et celui de la fantasy volontiers médiéval[1] ; quant au genre fantastique, il s'inscrit dans un contexte contemporain. Pourtant, force est de constater que les dix dernières années ont vu une multiplication des écrits imaginaires inspirés de l'antiquité grecque ou latine. On s'interrogera sur les raisons de ce regain d'intérêt pour la culture gréco-latine dans les oeuvres d'imagination contemporaines, en se concentrant sur les genres de la science-fiction, de la fantasy et du fantastique, les mieux connus[2] et les plus codifiés de la littérature imaginaire – qu'ils n'épuisent pas pour autant.

La question de la réécriture des grands mythes antiques comme point de départ à une remise en question des catégories narratives ou poétiques, par exemple dans l'Ulysse de Joyce, a été posée à la poésie et au roman modernes de la première moitié du xxe siècle dans le séminaire Modernités antiques[3]. Nous aimerions pour notre part interroger l'apport de la culture gréco-latine au sens large (mythologie, oeuvres littéraires, histoire, philosophie) dans la production imaginaire de notre post-modernité. Bien loin d'être un savoir scolaire, usé, devenu banal ou étranger, cette culture alimente une création originale, dans un champ artistique où l'originalité est vivement valorisée.


Il s'agira d'abord de repérer le réinvestissement de motifs antiques dans les oeuvres de l'imaginaire. Il prend parfois la forme d'une réécriture de textes anciens, comme dans Ilium et Olympos de Dan Simmons, qui suit le texte d'Homère en transposant les personnages, l'intrigue et même le mode de narration épique de l'Iliade dans un monde de science-fiction. Certaines oeuvres reprennent quant à elles des éléments, des personnages ou des structures mythiques : les querelles entre les dieux de l'Olympe dans le film Percy Jackson, les Argonautes chez Terry Pratchett (The Last Hero), Persée dans Le Choc des Titans, les Parques dans La Sève et le Givre de Léa Silhol ou le Minotaure dans la trilogie homonyme de Thomas Burnett Swann ; certains épisodes historiques font l'objet d'un traitement similaire, comme dans le comic puis dans le film 300. D'autres auteurs se contentent de simples emprunts de créatures mythologiques – on croise des Centaures dans Harry Potter, quelques Nymphes ou Satyres dans la série des Narnia de C. S. Lewis – ou de réminiscences (l'on pense, évidemment, à la « Maison Atréides » dans Dune, etc.) qu'il conviendra de repérer et d'interpréter. Car l'hommage peut se faire plus discret encore : structures sociales ou civiques héritées des modèles romain ou athénien chez David Eddings, intimité des rencontres entre hommes et dieux chez Roland Vartogue ou Mercedes Lackey, reprise de fonctionnements tragiques dans la famille déchirée des Farseers de Robin Hobb, ou redécouverte de la philosophie grecque dans Socrate le demi-chien, la BD de Joann Sfar. Cette intertextualité antique assumée ou cachée, comment fonctionne-t-elle ? Comment la modernité peut-elle revisiter les héros, les structures, les images antiques ?

Il s'agira ensuite d'étudier le rapport des auteurs eux-mêmes à cet héritage. Procèdent-ils à un réinvestissement conscient des représentations antiques ? Pour quel raison choisissent-ils cette source d'inspiration ? S'agit-il d'un « positionnement dans le champ », d'une volonté d'originalité ? À la suite de J. R. R. Tolkien, la fantasy a en effet préféré l'univers médiéval, surtout dans la littérature anglo-saxonne : l'imaginaire antique peut offrir une alternative, conservant la part d'hommage à une mythologie partagée tout en renouvelant les univers imaginaires. La démarche de Tolkien est souvent reprise : rassembler des images traditionnelles héritées de la légende ou d'un passé oublié permet, paradoxalement, de créer une oeuvre novatrice. De même, fantasy ou SF s'éloignent, avec le modèle antique, de la structure du conte pour se rapprocher de celle du mythe. On se demandera aussi quel type d'imitation les auteurs contemporains pratiquent, de la contaminatio savamment élaborée à partir de sources précises à la simple reprise d'éléments culturels appartenant à la mémoire collective, voire scolaire. La démarche repose-t-elle sur une recherche historique ou littéraire véritable, comme chez David Gemmell, ou se nourrit-elle de réminiscences et d'images enfantines ? Le témoignage d'écrivains contemporains sera certainement éclairant sur ces points.

Enfin, on tentera de comprendre le rôle que jouent les références antiques dans l'intérêt que prend le lecteur au texte. La théorie littéraire a proposé des lectures structuralistes et/ou psychanalytiques des mythes antiques : leur reprise dans des oeuvres contemporaines répondrait aux structures profondes de la psyché du lecteur. Or le mythe antique n'est pas seulement source de structure, mais également d'images. L'imaginaire gréco-latin apparaît aujourd'hui dans des oeuvres qui le réactivent en affirmant son originalité, en revendiquant ses propres modes de fonctionnement : il contribue à conférer, aux yeux du lecteur, une crédibilité au monde imaginaire inventé par l'auteur, fondée sur une culture partagée et une forme de connivence. Ainsi la connaissance partagée entre lecteur et auteur facilite l'avènement de ce que Tolkien théorisa sous le nom de secondary belief, « créance secondaire »[4] : l'élément familier permet l'adhésion à l'étrange. La langue même peut jouer ce rôle : les formules latinisantes que crée J. K. Rowling jouent à la fois sur l'utilisation d'une langue connue, mais travestie, et sur l'inconnu de cette langue. Enfin, la référence antique peut apporter au monde secondaire du récit toute la profondeur culturelle qui est la sienne.

Le colloque, sur quatre demi-journées, associera des interventions de chercheurs et de jeunes chercheurs et une table ronde d'écrivains qui seront invités à réfléchir sur leurs pratiques d'écriture et leur rapport à l'antiquité gréco-latine. Il s'adressera tant aux universitaires et doctorants spécialistes de la littérature antique et intéressés par ses prolongements à l'époque contemporaine, qu'aux enseignants de lettres classiques dont les élèves sont souvent friands des littératures de l'imaginaire.


[1] Les sources médiévales des oeuvres de Fantasy sont aujourd'hui bien mises en valeur par l'association « Modernités médiévales ». Voir www.modernitesmedievales.org.

[2] Voir notamment les études de Jacques Baudou, Anne Besson, ou encore Jacques Goimard.

[3] Séminaire co-organisé à Paris X et Paris XIII par Véronique Gély et Anne Tomiche. Un volume d'actes est à paraître prochainement.

[4] J.R.R. Tolkien, “On Fairy-Stories”, The Monsters & the Critics and Other Essays, éd. Christopher Tolkien, HarperCollins, Londres, 1983 ; Les Monstres et les Critiques et autres essais, 
traduction de Christine Laferrière,
Paris, Christian Bourgois, 2006.

 

Lieu de la manifestation : Paris
Organisation : Perrine Galand, Mélanie Bost-Fievet, David Nouvel et Sandra Provini
Contact : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

Source : Fabula

 

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