La dramatique conciliaire

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La dramatique conciliaire

Coups de théâtre, tactique et sincérité des convictions dans les débats conciliaires de l'Antiquité à Vatican II

Appel à contributions
Date limite : 15 avril 2012

 

 

(Lille, 15-17 mai 2013)

Les propositions de communications doivent être adressées par courriel à Charles Mériaux , accompagnées d'un argumentaire d'une demi page environ, avant le 15 avril 2012.

Le problème de l'inspiration des Écritures a fait couler beaucoup d'encre chez les théologiens, les exégètes et les historiens. Mais, pour être plus rarement posé, celui de l'inspiration des conciles, dans lesquels, en bonne théologie chrétienne, l'Esprit Saint est censé joué un rôle directeur, n'est, en un sens, pas moins problématique. Quiconque en effet a fréquenté un tant soit peu les annales des conciles n'a pu manquer d'être frappé par l'importance des conflits, des pressions, des coups de théâtre et des manœuvres dans la conduite des assemblées et la rédaction des documents qui en sont issus.


Vue de près, l'opération du Saint-Esprit apparaît souvent bien « humaine », voire « trop humaine ». André Mandouze, spécialiste du christianisme antique et chrétien « progressiste » bien connu, écrivait en 1964, à propos du concile Vatican II sur le point d'entrer dans sa dernière session : « Si l'acteur principal est en effet le Saint-Esprit, si c'est bien Lui qui agit à travers les Pères conciliaires, tantôt avec passion, tantôt avec humeur, parfois avec colère, parfois avec ironie, toujours avec sincérité, s'il joue aussi bien des partisans du passé que des artisans de l'avenir, s'il utilise des “groupes de pression” et se prête un jour aux subtilités de style parlementaire, le lendemain aux interpellations de type prophétique, si c'est Lui qui fait échouer certaines manœuvres et suscite les parades salvatrices, il convient de prêter d'autant plus d'attention aux actes qui vont sortir de ce [Concile]. »

D'où l'idée, au moment où de nombreuses institutions, en France et à l'étranger, s'apprêtent à commémorer le cinquantenaire de l'ouverture du concile Vatican II (1962-1965) et bientôt aussi le 450e anniversaire de l'achèvement du concile de Trente (1545-1563) par l'organisation de manifestations scientifiques, de consacrer une rencontre à l'étude de cette dramatique conciliaire. Très présente dans les sources et, de façon fragmentaire, dans les histoires spécialisées, elle a été rarement étudiée en tant que telle, hormis quelques exceptions comme le livre que Ramsey MacMullen, non sans provocation, a consacré au déroulement des conciles de l'Antiquité tardive et à la nécessité, pour la nouvelle religion officielle de l'Empire romain, de se doter d'une définition cohérente de la Divinité.

Cette dramatique conciliaire pose en effet à l'historien un problème de psychologie religieuse dont les enjeux dépassent largement, nous semble-t-il, la simple phénoménologie de l'expérience croyante. Comment comprendre, en effet, que nombre de grands acteurs des conciles aient pu être à la fois d'habiles tacticiens, dévoués au triomphe de leurs idées par tous les moyens que ne réprouvaient pas la morale (en tout cas la leur), et des croyants sincères, convaincus que le Saint Esprit pilotait en sous-main les opérations et, par conséquent, que ce combat « politique » était aussi un combat « spirituel » ? On ne saurait trop, de ce point de vue, recommander la lecture de l'extraordinaire Journal du Concile du théologien dominicain Yves Congar où la part de la tactique justement est omniprésente. Faut-il n'y voir que cynisme, candeur et schizophrénie latente ? Notre hypothèse est qu'en donnant aux études sur la « mécanique politique » des conciles (pour reprendre la fameuse expression de Philippe Levillain) et aux conflits qu'ils suscitent une épaisseur anthropologique nouvelle, on peut espérer mieux comprendre à la fois ce qui apparente les assemblées conciliaires aux autres assemblées, de tout type, dans lesquelles s'affrontent partis et factions, et ce qui les en distingue fondamentalement.

Le colloque, qui aura lieu à l'université Lille 3 Charles-de-Gaulle les 16 et 17 mai 2013, s'adresse aux spécialistes des quatre périodes (ancienne, médiévale, moderne et contemporaine). Il ne prétend pas se limiter à l'étude des conciles œcuméniques, même si l'enjeu des discussions doit être suffisamment consistant pour que puissent se poser de telles questions, ni catholiques (on s'intéressera aussi à la pratique conciliaire protestante et orthodoxe). On prendra garde de ne pas tomber dans une présentation monographique des conciles ni même purement « politique » mais à bien mettre en évidence la dimension théologico-spirituelle et subjective des affrontements et discussions, quitte, pour les périodes où la documentation ne s'y prêterait pas forcément, à insister sur les difficultés et les problèmes que pose une telle approche. On peut imaginer sur un tel sujet des communications assez diverses, en particulier des portraits de grands acteurs (des pères conciliaires au pape en passant par les experts), en veillant à ce que « vainqueurs » et « vaincus » soit bien représentés ; des études portant sur des moments clé ou des tournants des conciles (comme par exemple, pour s'en tenir à un cas lillois de circonstance, l'intervention du cardinal Liénart au début de Vatican II) ; les formes de « combat spirituel » qu'ils impliquent et les modalités des interventions extérieures ; la mémoire immédiate et à plus long terme des événements ; les modalités de la sortie de crise et du retour à la normale. Plus que des actes des conciles à proprement parler, on s'efforcera d'exploiter des documents qui donnent à voir les acteurs en action, à travers des journaux et notes pris sur le vif ou par le prisme d'interprétations élaborées après les événements (mémoires).

Comité d'organisation
Xavier Boniface (Université du Littoral)
Guillaume Cuchet (Université Lille 3)
Michèle Gaillard (Université Lille 3)
Charles Mériaux (Université Lille 3)

Comité scientifique
Xavier Boniface (Université du Littoral)
Guillaume Cuchet (Université Lille 3)
Pierre-Antoine Fabre (CARE/EHESS)
Étienne Fouilloux (Université Lyon 2)
Michèle Gaillard (Université Lille 3)
Charles Mériaux (Université Lille 3)
Pascal Montaubin (Université d'Amiens)
François-Xavier Romanacce (Université Paris-Sorbonne)
Christian Sorrel (Université Lyon 2)
Alain Tallon (Université Paris-Sorbonne)

 

 

Source : Blog de l'IRHiS

 

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