Les Sirènes ou le savoir périlleux. D’Homère au XXIe siècle

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Les Sirènes ou le savoir périlleux. D'Homère au XXIe siècle

Appel à contributions
Date limite : 30 octobre 2012

 


Colloque organisé par Hélène Vial les jeudi 21 et vendredi 22 mars 2013 à la Maison des Sciences de l'Homme de Clermont-Ferrand

Ce colloque constitue le premier volet du projet « Mythologies des savoirs : de l'ivresse aux dangers » que nous développons au sein de l'axe transversal « Les enjeux des savoirs. Héritage, transmission, pouvoirs », coordonné par Philippe Mesnard au sein du CELIS (Centre de Recherches sur les Littératures et la Sociopoétique, EA 1002).

Ce n'est pas au mythe des Sirènes en général que nous nous intéresserons ici : la bibliographie concernant ce mythe est immense (cf. les p. 257-267 du livre récent de M. Bettini et L. Spina, Le Mythe des Sirènes, Paris, Belin, 2010 [titre original : Il mito delle Sirene, Torino, Einaudi, 2007]) : c'est au rapport de ce mythe avec la question du savoir et, plus précisément, des dangers du savoir.

 

 

 

Cette question apparaît essentielle dès la version homérique du mythe. Certes, quand, au chant XII de l'Odyssée, Circé avertit Ulysse au sujet des Sirènes, c'est de la séduction de leur « chant siffleur » qu'elle lui parle et non de son contenu ; c'est ce charme qui se trouve mis en équation avec une mort que seule la ruse indiquée par la magicienne permettra d'éviter. Mais quand, un peu plus loin, les Sirènes elles-mêmes s'adressent à Ulysse, c'est autant la connaissance que le plaisir esthétique qu'elles lui promettent : « Viens ici, voyons, Ulysse tant célébré, la grande gloire des Achéens, arrête ta nef pour écouter nos deux voix ! Personne encore, poussant sa nef noire, n'a dépassé ces lieux sans écouter chanter la voix qui sort de notre bouche avec la douceur du miel ! On s'en va rassasié, et l'on sait davantage ; car nous savons, n'en doute pas, tout ce qu'ont enduré Argiens et Troyens dans la large Troade, de par la volonté des dieux ; et nous savons tout ce qui arrive sur la terre qui tant d'êtres nourrit ! » (traduction de L. Bardollet, Paris, Robert Laffont, « Bouquins », 1995). Les toutes premières Sirènes de la littérature incarnent donc à la fois le savoir et ses dangers : la transmission de ce qu'elles savent — et elles disent tout savoir — comporte, par la jouissance sensorielle dont elle s'accompagne, un danger de mort pour celui qui en bénéficie.

Le texte homérique a été le point de départ d'une trame presque infinie de variantes, auxquelles s'en est ajoutée une, fondamentale mais mystérieuse à bien des égards et qui n'influe pas directement sur notre propos : celle qui, à partir d'un certain moment — littérairement parlant, aux VIIe-VIIIe siècles dans le Liber monstrorum de diuersis generibus —, surimpose à l'image de la Sirène femme-oiseau, sans la faire disparaître, celle de la Sirène femme-poisson (nous pourrons d'ailleurs nous interroger sur le rapport entre l'hybridité physique des Sirènes et leur savoir d'une part, leur dangerosité d'autre part). Nous proposons ici un parcours littéraire, partant d'Homère et totalement ouvert dans le temps comme dans l'espace, à travers les textes dans lesquels les Sirènes, qu'elles soient femmes-oiseaux ou femmes-poissons, apparaissent liées à la fois à la question du savoir et à la présence du danger.

L'association avec le savoir a été faite de manière récurrente après l'Odyssée : pensons aux généalogies qui font des Sirènes les filles d'une Muse, ou à certains des noms qui leur sont donnés et qui se rapportent aux choses de l'esprit ; pensons aussi aux Sirènes platoniciennes qui, au livre X de la République, règlent de leur chant l'harmonie des sphères ; pensons surtout à l'interprétation cicéronienne des Sirènes comme figures de la soif humaine de connaissance, puis aux doctae Sirenae des Métamorphoses d'Ovide, désireuses de changer de forme pour mieux chercher leur amie Proserpine enlevée par Pluton, ou encore aux Sirènes savantes des humanistes (Pontano, Montaigne) et à d'autres, modernes et contemporaines, qui apparaissent comme témoins de l'histoire de l'humanité ou détentrices d'un savoir précieux sur la nature de l'homme.

Quant au danger, il est presque inséparable de la figure des Sirènes ; mais on oublie souvent que, si elles sont en général présentées comme un péril mortel pour ceux qui croisent leur chemin, elles rencontrent elles-mêmes, dans certains textes, la mort et/ou la métamorphose, et que leur mythe est souvent, selon l'expression de L. Spina, « un mythe de l'échec » : qu'elles soient vaincues par Ulysse grâce au stratagème enseigné par Circé, neutralisées par la cithare d'Orphée qui brouille leur chant, humiliées par les Muses, châtiées par Cérès pour leur incapacité à retrouver Proserpine ou, plus récemment et plus prosaïquement, abandonnées par celui qu'elles aiment, telle l'héroïne du conte d'Andersen, qu'elles soient suppliciées par autrui ou qu'elles se punissent elles-mêmes, parfois jusqu'au suicide, les Sirènes de la littérature connaissent souvent un sort douloureux.

L'objet de ce colloque est d'analyser les textes où ces deux motifs, celui du savoir et celui du danger, s'articulent l'un à l'autre, et de rechercher non seulement les modalités, mais surtout les motivations et les effets de cette articulation qui nous semble susceptible d'enrichir l'interprétation du destin mythologique des Sirènes et des textes qui ont construit et construisent encore ce destin.
Les propositions de communication, composées d'un titre et d'un argumentaire d'une dizaine de lignes et accompagnées d'une courte biobibliographie, seront envoyées avant le 30 octobre 2012 à Hélène Vial à l'adresse suivante : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. .

 

Source : APLAES

 

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