P. Voisin, Il faut reconstruire Carthage

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Patrick Voisin, IL FAUT RECONSTRUIRE CARTHAGE. Méditerranée plurielle et langues anciennes, Paris, 2007.

La formule de Caton le Censeur a traversé les siècles : « II faut détruire Carthage ». Ainsi la Carthage punique a-t-elle été détruite, rasée même, avant d'être reconstruite en Carthage romaine. Pourquoi dès lors vouloir « reconstruire Carthage » au XXIe siècle ? Et quel sens donner à cet appel ?
L'auteur propose une « refondation » de la pédagogie des langues anciennes dans une perspective à la fois anthropologique et linguistique qui puise son dynamisme dans la diversité des cultures qui constituent la Méditerranée plurielle, notamment dans l'Afrique antique, ainsi que dans la pratique croisée de toutes les langues de l'Antiquité, afin de construire une civilisation euroméditerranéenne.
Confrontation et partage de cultures différentes, pouvant donc aider à réduire la tentation du communautarisme, les Humanités modernes sont indispensables à notre société et à l'Europe de demain. C'est cela, de manière métaphorique, « reconstruire Carthage » !

Il faut reconstruire Carthage

L'ouvrage porte sur l'enseignement des langues anciennes, mais n'a pas un caractère strictement pédagogique ; il propose que l'on refonde l'enseignement des langues anciennes dans trois directions :
- d'une part dans une culture méditerranéenne complète (euroméditerranée dont les deux rives nord et sud sont en fait au cœur même de nos sociétés européennes),
- d'autre part dans une Antiquité qui ne s'en tienne pas au seul binôme Grèce-Rome mais redonne à la Carthage punique et à l'Afrique berbère toute leur place,
- enfin dans l'activité authentique de traduction (délétère de nos jours) qui permet aux langues d'échanger, de se croiser et de s'enrichir sémantiquement.

Les langues anciennes permettent le détour nécessaire à nos sociétés pour prendre conscience de l'Autre et mieux revenir à Soi, car par rapport aux langues dites vivantes elles présentent le triple avantage d'être :
- d'une part des langues mortes qui ne peuvent perdre leur valeur de langues de culture par une dégradation en langues de communication,
- d'autre part des langues qui tout en n'étant plus "vivantes" (puisque leurs signifiants sont clos) continuent à vivre - la traduction faisant indéfiniment renaître leurs signifiés -,
- enfin des langues fondamentalement étrangères, tant pour les enfants issus de l'immigration que pour le plus grand nombre des jeunes européens de souche de nos jours.

La thèse de cet ouvrage est que l'enseignement des langues anciennes, refondé dans ces voies rapidement esquissées, doit retrouver une place importante dans le "socle commun de connaissances" pour :
- d'une part construire une culture partagée, en grande partie antérieure au christianisme et à l'islam,
- d'autre part asseoir une expérience commune et égale de passage par une "secondarité culturelle",
- enfin recréer le dialogue et la vie sociale autour d'une civilisation euroméditerranéenne rééquilibrée dans le poids de ses deux rives.
Cela revient à considérer l'enseignement des langues anciennes non plus comme transmission d'un système de valeurs mais comme espace de confrontation d'idées et d'expériences, pour mieux appréhender le monde pluriculturel d'aujourd'hui.

L'ouvrage ne s'adresse donc pas seulement au microcosme des professeurs de lettres classiques, mais - visant au-delà de la formation de l'esprit et de la pratique pédagogique - prend une double valeur anthropologique et sociologique : l'articulation de deux dysfonctionnements majeurs (le recul des lettres classiques et les difficultés de l'intégration) peut les résoudre, l'un et l'autre, l'un par l'autre.

Patrick VOISIN (source : http://kubaba.univ-paris1.fr/2007/reconstruire_carth/index.htm)

 

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