Cadre de travail détaillé

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Pensée et modes de pensée à Rome

Cadre de travail du séminaire

I. Thème général

Ce séminaire se propose d’étudier l’activité intellectuelle et mentale des Romains sous ses différentes formes, quel que soit son niveau d’élaboration ou d’abstraction. Nous nous intéresserons aux productions de la pensée romaine ainsi qu’à son mode de fonctionnement, et à ce qui constitue, pour reprendre l’expression de Lucien Febvre, l’ « outillage mental » de l’homme romain.

Il s’agira pour nous d’observer la pensée à l’œuvre dans des domaines divers, qui ne relèveront pas nécessairement de la seule production théorique. Nous serons certes amenés à traiter de l’élaboration des doctrines et concepts (philosophiques, rhétoriques et plus généralement techniques), mais nous aborderons également la manière dont s’exerce et se révèle la pensée sur des terrains moins proprement réflexifs tels que l’imagination, les croyances, les valeurs ou les comportements propres au mos romain. Nous tâcherons en somme de poser quelques jalons dans l’histoire des idées et des mentalités de l’homme romain, d’explorer ses visions du monde et ses créations dans le domaine de l’esprit.

II. Problématisation

Point de départ

L’approche de la pensée romaine par le biais exclusif des concepts et des textes strictement théoriques serait réductrice car elle ne donnerait accès qu’à un seul mode de pensée, dont le contenu et la forme ne représentent à l’évidence qu’un pan de la culture romaine. Notre approche prendra donc en compte la diversité des textes romains, qui peuvent laisser place à différents degrés de conceptualisation. Ainsi un texte philosophique peut (et doit) prendre sens en référence à une production littéraire contemporaine traitant du même objet et à la manière dont cet objet est lui-même vécu dans la pratique quotidienne des Romains.

Plus encore, il convient de réintroduire cette possible diversité au niveau du texte lui-même : un texte ne représente pas un objet monolithique, mais peut revêtir plusieurs statuts concurrents ou complémentaires. Document historique susceptible de nous renseigner sur une pratique ou un ensemble de realia, le texte littéraire, inscrit dans son époque, poursuit aussi des fins esthétiques, voire idéologiques. Il peut enfin receler un niveau discursif par lequel l’auteur juge et construit un objet au moment même où il le représente à ses lecteurs.

Approches

En liaison avec ces trois paliers textuels, nous tenterons d’observer l’activité de l’esprit romain à trois niveaux différents. En conjuguant les approches de l’histoire des idées et de l’histoire culturelle, nous associerons et confronterons trois domaines où la pensée peut être étudiée :

1. Idées et concepts. La pensée réflexive et intellectuelle.

Il s’agit là du niveau le plus fréquemment abordé quand il est question de la pensée romaine. C’est le domaine de la pensée consciente et abstraite. Pensée des philosophes, des maîtres de rhétorique ou des savants (médecins, naturalistes,…), elle élabore, théorise et conceptualise. Cette approche permet de comprendre comment les concepts sont construits, mis en système puis utilisés.

2. Imaginaires et idéologies. La pensée non savante.

Moins fréquemment abordée comme telle, cette deuxième strate est celle de la pensée qui, tout en révélant une activité intellectuelle intense et structurée, n’est pas réflexive. Pensée des artistes, des moralistes ou des polémistes, cette pensée non savante obéit à d’autres préoccupations que la constitution d’un savoir. Plus largement encore, elle peut s’incarner sous la forme d’une pensée plus commune et plus quotidienne, qui ne répond pas à des normes de production aussi clairement définies que celle des genres littéraires canoniques, par exemple. Nous tenterons ici d’observer les productions artistiques (littéraires et iconographiques), les croyances, les normes, les valeurs morales ou sociales.

3. Sensibilités et mentalités. La pensée pratique.

Cette dernière strate concerne la pensée telle que l’on peut l’observer à travers la conduite des individus, à travers les mœurs et les usages romains. Il s’agit d’observer les comportements comme des révélateurs de la pensée. Les usages, les rites, les coutumes deviennent ainsi les symptômes de certaines conceptions du monde et d’une culture partagée.

Tout l’enjeu est alors d’étudier un même objet à ces trois niveaux d’élaboration afin de percevoir la pensée romaine sous les trois facettes que nous avons dégagées. Une telle démarche nous conduit à identifier différents nœuds problématiques.

Nœuds problématiques

1. Une première opposition se dessine entre le vécu et le pensé : un phénomène peut être simultanément une pratique quotidienne insérée dans la pratique et un objet construit par des discours savants. Est-ce dans ce cas le même objet ou y en a-t-il deux différents ?

2. Une seconde opposition se situe entre le réflexif et le non-réflexif : quelles différences y a-t-il entre ces deux modes de pensée ? Est-ce l’usage de la raison ? la conscience de son propre travail ? Ici encore se pose la question de l’unité de l’objet pensé : y a-t-il une différence de degré ou de nature entre une réalité pensée par un philosophe et un objet représenté par un peintre ou un poète ?

3. La question de l’unité se pose aussi pour la pensée romaine dans son ensemble : peut-on postuler l’existence d’une pensée romaine unifiée ? Cette problématique devra également être abordée de façon diachronique : la question de l’évolution chronologique de la pensée et de ses cadres, souvent perçus comme inscrits dans la longue durée, et donc peu susceptible de changements rapides, doit en effet être posée. Faut-il établir, par exemple, une distinction entre une pensée romaine païenne et une pensée romaine chrétienne ? La possibilité de variations géographiques doit également être prise en compte.

4. Enfin, la notion même de « pensée romaine » doit être mise en question. En étudiant les manifestations d’un même objet sous ses différentes formes, nous serons amenés à distinguer les représentations individuelles (propres à un auteur) et les représentations collectives (propres aux Romains). Peut-on alors postuler l’existence d’une « mentalité romaine » ? Le concept même de « mentalité », qui a essuyé de nombreuses critiques dans le domaine des sciences humaines, est-il un outil heuristique adéquat dans le cadre que nous cherchons à dessiner ?

III. Méthode

Pour explorer les trois domaines mis en évidence, il conviendra de combiner des approches diverses : nous privilégierons les sources textuelles, mais nous les solliciterons de manière plurielle, du point de vue linguistique, philologique, littéraire, philosophique…

Nous serons également amenés à convoquer d’autres sources, iconographiques notamment, qui sont elles aussi riches d’enseignement sur la pensée romaine.

Le séminaire est naturellement ouvert aux antiquisants mais aussi aux historiens, historiens de l’art, philosophes ou juristes.

 

 

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